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L’art de donner tort à Schopenhauer

Last updated on 22 mars 2022

Si vous vous êtes un tant soit peu intéressé à la rhétorique, ou même simplement à l’art du débat, il est très probable que vous ayez déjà lu, ou au moins entendu parler, de l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer publié en 1831, et de ses 38 stratagèmes vous permettant de gagner tous les débats, y compris lorsque vous avez objectivement tort.

Son ultime stratagème (ou n°38) est à la fois le plus connu, théoriquement le plus efficace, mais aussi de loin le plus décrié.

Ce stratagème ne dit pas autre chose que ceci : « Si votre adversaire vous est objectivement supérieur, et que vous avez manifestement perdu tout ou partie du débat, soyez désobligeants, blessants et grossiers ».

Est-ce là vraiment une façon de remporter un débat ? Dans le débat public actuel, on pourrait parfois le penser. Pourtant, on peut facilement le comprendre, et Schopenhauer le souligne lui-même, cette stratégie est loin d’être sophistiquée, et largement improductive.

Pour Schopenhauer, cette stratégie est « ultime » car elle est à la fois la plus simple à mettre en œuvre – car tout le monde, par son « animalité », dispose des facultés permettant d’insulter – et par conséquent, étant la stratégie la moins coûteuse à mettre en œuvre, elle est très souvent, si ce n’est systématiquement utilisée.

On peut d’ailleurs en remarquer l’usage avec constance, à la fois dans la vie quotidienne, mais aussi dans la vie politique, où, faute de pouvoir attaquer les idées – parce qu’elles sont bien argumentées ou que ses contradicteurs ne sont pas assez compétents – on se rabat sur le fait que l’on peut toujours attaquer les personnes.

Ce procédé, reconnu déloyal pour déloyal d’entre tous, semble du même temps être considéré comme un moyen infaillible et incontestable de dominer un adversaire dans un débat, même si cela implique de « tricher », et même si on a perdu le débat sur tous les autres plans.

Cette stratégie est d’autant plus efficace qu’elle cherche à provoquer la colère de son adversaire, à lui faire « perdre ses moyens », et ainsi, à substituer à votre propre incompétence, celle encore plus grande de son adversaire.

Ainsi, ce raisonnement, qui fait du jeu rhétorique un processus mutuellement destructeur, irrémédiablement insincère et illégitime, du fait qu’il puisse être bafoué si aisément, porte un corollaire tout aussi problématique : S’énerver, et même plus largement, exprimer franchement vos émotions les plus vives, vous fait automatiquement perdre le débat, même si vous l’avez gagné sur tous les autres plans.

En bref, le cynique, qui n’a aucun principe parce qu’il triche, ment et raisonne froidement serait meilleur rhétoricien et débatteur, que l’indigné, qui a des principes et donc cherche à être intègre, sincère, et à exprimer ses émotions et sentiments dans ses raisonnements.

On y retrouve aussi l’idée reçue persistante et pourtant scientifiquement remise en cause que la raison et les émotions ne font jamais bon ménage.

Vous pouvez lire notamment L’Erreur de Descartes : la raison des émotions de Antonio Damasio publié en 1994, ou L’Intelligence émotionnelle de Daniel Goleman publié en 1995.

La conclusion (temps de visionnage : 10 minutes) de cette excellente vidéo d’Horizon Gull illustre à merveille cette idée :

Pourtant, outre le fait que, pour le moment, ces sentiments de victoire et de défaite nous viennent bien plus d’instincts et d’idées reçues que d’une analyse objective et rationnelle du débat, une question bien plus rationnelle se pose.

Est-il certain que ceux qui usent de « l’ultime stratagème » sont certains de gagner à tous les coups ? Si oui, dans quelle mesure et à quel prix ? Le débat implique-t-il forcément une forme de déloyauté et/ou d’outrance ?

Cette question en soulève deux autres, beaucoup plus fondamentales : Quels sont la fonction et l’objectif du débat ? Que signifie « gagner » (ou « perdre ») un débat ?

Dans tout débat, ces questions se posent tout autant aux débatteurs qu’à leurs spectateurs.

1. Les bases du débat : La raison et les torts

Comme le souligne Arthur Schopenhauer dans son Introduction (« Base de toute dialectique »), pour débuter un débat (ou une « controverse »), il faut s’entendre sur un principe sur lequel on va juger le problème posé.

Dit avec moins d’ambiguïté il faut avoir la même conception de ce qu’est un débat, quels sont ses objectifs, et comment on détermine si ces objectifs sont atteints.

Entre les différents débatteurs et spectateurs, ces objectifs peuvent être mutuellement contradictoires, et peut amener, dans la nécessité d’atteindre ses objectifs, de chercher à poursuivre d’autres objectifs pour satisfaire son public ou mettre en déroute ses contradicteurs.

C’est par exemple le cas, lorsqu’un rhétoricien qui cherche à convaincre, va également chercher à offrir du spectacle par son éloquence pour persuader, ou qu’un spectateur, pour profiter encore davantage du débat comme joute ou combat divertissant, va chercher à apprendre à analyser les techniques rhétoriques et discursives pour mieux les juger et donc les apprécier.

Pour Schopenhauer, « On ne saurait discuter avec quelqu’un qui conteste les principes ».

Autrement dit, si l’on a ne partage, ni les mêmes objectifs, ni le même constat, c’est à dire que l’on n’est d’accord sur rien, il est alors impossible et inutile de débattre, et encore moins de suivre le débat.

Ainsi, et c’est ce que je chercherai à démontrer par la suite, l’art du débat ne peut pas tout !

Il n’atteste en rien des faits qui sont débattus, uniquement des arguments portés par chacun il sur une vision des faits qui n’est jamais pleinement concordante ni totalement éclairée. Ainsi, à divers degrés, un débat, notamment un débat direct entre deux individus, ne peut confronter que des réalités subjectives et relatives, c’est-à-dire des opinions.

On peut d’ailleurs, dans la « controverse » de Schopenhauer, distinguer l’art du débat (ou « l’art d’avoir toujours raison »), qui ne peut déterminer que subjectivement et relativement qui a raison, de la controverse de la science (ou « l’art de ne jamais avoir raison », ou plus simplement, « l’art du doute »), qui cherche à déterminer objectivement et absolument la véracité des faits empiriques par des méthodes rationnellement rigoureuses, et ainsi, à produire des consensus là où le débat cherche à produire du dissensus.

Cependant, ces deux formes de controverses, partagent à la fois comme fondement le principe et la méthode de l’(auto-)réfutation comme dynamique de progrès, le caractère temporaire et toujours dépassable de leurs conclusions, et donc le renouvellement perpétuel de leur action.

Ainsi dans les deux cas, comme il n’est pas facile d’avoir des certitudes partagées sur le temps long, les controverses font l’objet de débats longs et acharnés.

De même, « en tant que joute de deux esprits, la controverse est souvent bénéfique aux deux parties car elle leur permet de rectifier leurs propres idées et de se faire aussi de nouvelles opinions ».

Selon ce second principe, l’art du débat suppose également que chacun des débatteurs disposent d’un savoir à peu près équivalent sur l’objet du débat, et une intelligence à peu près égale de l’art du débat sur cet objet.

Schopenhauer résume ainsi ce principe d’égalité : « Si le savoir manque à l’un, il ne comprend pas tout et n’est pas au niveau. Si c’est l’intelligence qui lui manque, l’irritation qu’il en concevra l’incitera à recourir à la mauvaise foi, à la ruse et à la grossièreté. »

En bref, un débat n’est pertinent qu’avec celui qui est assez savant, sinon l’enseignement et l’apprentissage sera bien plus pertinent ; et le débat n’a un sens qu’avec celui qui est assez intelligent, sinon, faute de moyens, il usera de « l’ultime stratagème » avant que le débat n’aie produit quoi que ce soit d’utile et de rationnel.

Enfin, deux autres critères sont à prendre en compte pour mesurer l’utilité ainsi que la qualité d’un débat : la transparence et l’honnêteté.

En effet, toujours selon Schopenhauer, la controverse peut être réelle ou apparente – ce qui signifie qu’elle peut être sérieuse, ou au contraire n’être qu’un jeu plus ou moins assumé de postures – avec des fondements authentiques ou non – ce qui signifie que les faits et les objectifs qui suscitent la controverse peuvent être avérés et/ou légitimes, ou au contraire falsifiés et/ou illégitimes, et ce de façon plus ou moins volontaire ».

Il résulte du caractère réel ou apparent de la controverse, et du caractère authentique ou non de ses fondements, que, au cours d’un débat, par manque de transparence, on ne peut distinguer, ni le vrai de l’apparent de sa nature, ni estimer la sincérité des adversaires qui la portent.

Ce préambule n’est que trop rarement fixé par les adversaires, et il est de toute façon difficile d’attester de la sincérité d’une telle intention :

Celui qui prétend venir débattre peut passer l’entièreté du débat à tout faire pour ne pas débattre, et donc pourrir le débat, et celui qui prétend ne pas vouloir débattre peut malgré tout se plier à l’exercice pour défendre subtilement son opinion.

L’art du débat repose donc sur des règles et des normes, qui, si elles sont franchies, peut nous faire perdre toute confiance dans la pertinence (càd l’utilité et la légitimité) du débat.

En grossissant le trait, si l’imbécile est le débatteur ignorant, idiot et malhonnête, et que vous-même avez un tant soit peu d’estime pour le savoir, l’intelligence et l’honnêteté, à propos des objets sur lesquels vous débattez, retenez cette maxime connue d’un auteur inconnu :

« Argumenter avec des imbéciles, c’est comme jouer aux échecs contre un pigeon. Peu importe votre niveau, le pigeon va juste renverser toutes les pièces, chier sur le plateau et se pavaner fièrement comme s’il avait gagné. »

Le débat ne vaut rien sans bons débatteurs pour le mener, et de bons publics pour l’observer.

2. Les conditions et les limites du débat

Pour mieux comprendre la brutale efficacité de l’ultime stratagème, il est important de resituer dans quel contexte Schopenhauer recommande ce stratagème, et surtout, les objectifs que ce stratagème poursuit.

Tout d’abord, il faut prendre conscience que cet « ultime stratagème » arrive après 37 autres stratagèmes. Cela suppose donc, même si l’on ne s’en rend pas compte immédiatement, que l’utilisation de l’ultime stratagème suppose, au moins l’insuffisance, au pire l’ECHEC de tous les autres stratagèmes précédents.

Sans être exhaustif, cela suppose que malgré le fait que vous ayez usé et même sûrement abusé, de généralisations, de métaphores, d’exagérations, de détournements et de provocations à l’encontre de l’adversaire, vous n’avez pas réussi à gagner le débat.

Vous retrouverez un résumé des stratagèmes ici : https://www.schopenhauer.fr/oeuvres/fichier/l-art-d-avoir-toujours-raison.pdf

Comme vous le constaterez, l’ensemble de ces stratagèmes, par leur fonction, leurs intentions, véhiculent une certaine vision du débat.

Schopenhauer emploie lui-même le terme de dialectique éristique, c’est-à-dire l’art de la dispute, de la querelle et de la controverse, pour les définir !
https://www.wikiwand.com/fr/%C3%89ristique

Ainsi, la méthode que nous propose Schopenhauer pour « gagner à coup sûr », et « avoir toujours raison », vaut pour un type spécifique de débat : la dispute.

Or, réduire l’art du débat à l’art de la dispute, qui est d’ailleurs une utilisation parfaite du 1er Stratagème, c’est fondamentalement réduire le débat à un nombre figé de caractéristiques, de situations et de fonctions.

On peut résumer la dispute, comme configuration spécifique du débat, selon les conceptions suivantes :

  1. Le débat ne peut ni produire ni prouver des faits (que Schopenhauer appelle les « vérités objectives et absolues »), il ne peut produire que des opinions (que Schopenhauer appelle les « vérités subjectives et relatives »), et donc ne produire que des preuves relatives, à savoir que telle opinion est meilleure que telle autre.
  2. Le débat fonctionne comme un jeu d’échecs, où celui qui gagne est celui qui est capable de sortir les meilleurs coups, mais avec un jeu d’échecs (de non-réussites), où il ne s’agit pas tant de gagner que de faire perdre son adversaire.
  3. Le débat est une confrontation individuelle, avec un gagnant et un perdant identifiables.
  4. Le débat se conçoit comme une séquence temporellement finie – c’est-à-dire avec un début et une fin – et indépendante – c’est-à-dire que gagner ou perdre un débat n’a pas d’influence sur le fait de gagner ou perdre lors d’un prochain débat, et qu’il n’y a aucune considération des effets à long-terme pour savoir si on a gagné ou perdu un débat (de la même façon que, à la fin d’une partie d’échecs, on connaît immédiatement le gagnant)
    🡺 Ce dernier point étant évidemment faux en réalité, nous le développerons en conclusion.

Ainsi, l’art du débat, réduit à l’art de la dispute, ne cherche ni à convaincre ni à apprendre et enseigner. Il s’agit de défendre ses convictions, a fortiori de miner voire de détruire les convictions des adversaires. Sauf que, du point de vue des débatteurs, chacun venant défendre ses convictions, cette volonté de faire changer d’avis et/ou d’imposer son point de vue est un pur jeu de dupes. La dispute est alors un exemple pur de débat non-constructif.

En revanche, du point de vue du public, confronter les opinions par l’art de la dispute, lui permet de faire son avis. Cependant, dans l’instant de la dispute, faute d’éléments factuels, les spectateurs sont soumis à la même configuration spécifique du débat-dispute. Ainsi, le meilleur débatteur sera le plus à même de convaincre, même si son opinion est plus éloignée de la réalité, mais malgré sa victoire, les spectateurs ont aussi des convictions à défendre sur lesquelles ils ne veulent pas transiger.

Ainsi, si débatteurs comme spectateurs disent aimer le débat, le trouver utile et instructif, personne ou presque n’est dupe du fait qu’un débat à un instant t n’a aucune chance de modifier fondamentalement leurs opinions et leurs convictions.

Ainsi, si le débat-dispute est pour tous un jeu de dupes, il est, selon Schopenhauer, non seulement « apparent » c’est-à-dire superficiel, et repose sur des fondements inauthentiques. La dispute est donc, pour tous, un débat non-constructif.

Du moins, c’est ce qu’on dirait si la dispute avait pour objectif de convaincre de la supériorité de ses opinions.

Or, ce n’est pas le cas.

Parce que la dispute suppose un gagnant et un perdant, s’il n’est pas possible de gagner directement, il est cependant tout à fait possible de faire perdre.

Si on dit communément que l’art du débat a pour objectif premier de « défendre ses opinions », c’est bien parce que la dispute ne vise pas tant à convaincre que vos opinions sont valides, mais que les opinions de l’adversaire ne sont pas valides, ou en tout cas moins que les vôtres.

Ainsi, dans la dispute, votre but n’est pas de convaincre, mais que vos opinions restent dans le champ des possibles, du valable et de l’acceptable !

Pour toutes ces raisons, la dispute produit un art du débat par la négative, où les moyens permettant de l’emporter sont en soi, d’une façon ou d’une autre, des détournements du débat de fond, car toute victoire sur ce terrain est impossible (car chacun vient défendre son opinion, et que la dispute ne permet pas de trancher des faits).

C’est pourquoi les stratagèmes que nous propose Schopenhauer repose sur :

  1. Des généralisations (n°1 à n°3) et des exagérations (n°11, n°19, n°23)
  2. Des ad-hominem (n°16) –, l’association dégradante (n°32), augmenter la pression pour que l’adversaire se contredise (n°34) décrédibiliser une conclusion vraie reposant sur une démonstration fausse (n°37), … –
  3. Des recadrages par la diversion (n°7, n°18, …) et le détournement d’arguments (n°5, n°6, n°21, …)
  4. Des provocations (n°8, n°15, n°27, …)

Si toutes ces attaques ne sont pas nécessairement déloyales, elles incarnent une stratégie de la dispute privilégiant l’attaque de l’éthos (= l’image) de l’adversaire – sa crédibilité générale – plutôt que son logos (= son raisonnement) – sa pertinence spécifique dans le cadre du débat.

On peut d’ailleurs soulever sur ce point une première contradiction : Les stratagèmes que nous propose Schopenhauer sont tous conçus de façon à être aussi simples que dangereux !

En effet, comme nous l’avons vu, l’usage de « l’ultime stratagème » est majoritairement perçu comme déloyal, et ce faisant, vient dégrader durablement l’ethos de celui qui l’emploie, surtout si le public s’en rend compte.

Or, tous les autres stratagèmes sont du même tenant, ainsi, leur utilisation relève toujours d’un calcul où l’on considère que par leur emploi, nous dégraderons davantage l’ethos de notre adversaire que notre propre ethos, et que son logos sera davantage mis en défaut et étouffé que le nôtre.

Il en découle des stratégies typiques qui visent à maximiser les avantages des stratagèmes tout en minimisant leurs inconvénients. Cela vaut autant pour les stratagèmes que l’on emploie, que pour ceux qui sont utilisés à notre encontre.

Ainsi, pour mesurer la qualité d’un débatteur, il faut notamment observer l’interaction entre deux stratagèmes de Schopenhauer : Cacher son jeu (4) et convaincre le public et non l’adversaire (28).

En effet, pour exploiter au mieux les stratagèmes de Schopenhauer, il est impératif de dissimuler qu’on utilise de tels stratagèmes (certains d’entre étant d’ailleurs conçu pour dissimuler ses intentions, objectifs et techniques), et même, quand cela, est possible, d’accuser l’adversaire d’employer ces stratagèmes déloyaux et de « pourrir le débat ».
🡺 En particulier, réussir à persuader son auditoire que l’adversaire refuse le débat, alors que l’on est soi-même en train de refuser le débat, permet de gagner sur tous les plans (voir notamment « l’injonction au débat »). Ainsi, une nouvelle fois, c’est la négation, et même la double-négation du débat, qui permet de gagner le débat.

Pour Schopenhauer, « Il n’y a pas de différence essentielle entre la controverse dans une conversation privée et familière et la discussion solennelle et publique », à part que, dans le second cas, « les arguments sont plus formels et on aime les revêtir de la forme stricte d’une conclusion. »

On retrouve ainsi, tous les ingrédients, qui nous rendent les débats politiques au pire imbuvables, et au mieux frustrants. En effet, si dans la sphère privée, celui qui beugle, crie, verra rapidement sa parole disqualifiée, dans la sphère publique, la colère peut permettre d’embarquer son public, et les insultes, tantôt voilées, tantôt assumées, s’appuient toujours sur une esthétique et une rhétorique professionnelle, contrôlée, préparée, permettent de s’imposer dans le débat, d’augmenter ses chances d’en sortir vainqueur.

Du fait du manque de temps, et des défauts inhérents à la confrontation individuelle, on ne peut pas d’emblée considérer ces stratagèmes comme déloyaux. On ne peut pas remonter la chaîne des causes et des conséquences, ni justifier tout ce que l’on dit.

Le débat confronte forcément des opinions partielles, et la solution la plus simple et la plus économe pour contrer un stratagème est souvent l’usage d’un autre stratagème, voire du même stratagème.

En revanche, l’emploi de « l’ultime stratagème » est d’une telle dangerosité, qu’il ne peut être employé que par un seul adversaire, car si les deux y ont recours, c’est la destruction mutuelle assurée, tant de leur ethos que de leur logos.

La dispute tournera alors au pugilat, qu’il soit verbal ou physique, et signera la fin de tout débat constructif, et même la fin de tout débat.

Ainsi, ce stratagème, quand il n’est pas utilisé par n’importe qui, ne sera pas employé n’importe comment. Les professionnels de la dispute sauront manier ces outils dangereux en limitant les risques pour eux-mêmes, et déjouer ces mêmes stratagèmes chez ses adversaires.

Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra, en cherchant à convaincre son public plutôt que son adversaire, à faire émerger sa raison et ses opinions, d’un champ de dispute (ou de bataille) délétère.

À terme, cette conception négative du débat, poussée à son paroxysme, vise carrément à sortir du débat pour gagner le débat. Il s’agit de faire sortir son adversaire de l’arène, et souvent en sortir soi-même, pour y revenir au dernier moment et/ou au plus proche pour l’emporter.

Comme nous allons le voir, c’est là la philosophie de l’ensemble des stratagèmes de Schopenhauer, et à plus forte raison de son ultime stratagème.

3. L’ultime stratagème : Stratégie ultime ou ultime recours ?

Pour rappel, l’ultime stratagème de Schopenhauer peut se résumer ainsi : « Si votre adversaire vous est objectivement supérieur, et que vous avez manifestement perdu tout ou partie du débat, soyez désobligeants, blessants et grossiers ».

Quant aux raisons qui pousse, dans nos derniers retranchements, à utiliser ce stratagème, outre le fait que ce stratagème soit simple à utiliser, et diablement efficace même quand tout est perdu, Schopenhauer est lui-même très explicite à ce sujet.

Être désobligeant, consiste à quitter l’objet de la querelle (puisqu’on a perdu la partie) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est : c’est l’argumentum ad-personam*.

* Souvent confondu avec l’ad hominem, qui est pourtant une modalité d’argumentation légitime, car elle consiste à « s’écarter de l’objet purement objectif pour s’attacher à ce que l’adversaire en a dit ou concédé. », c’est-à-dire à réfuter une argumentation subjective.

Ce stratagème consiste donc à quitter l’arène délimitée du débat, pour diriger ses attaques sur la personne de l’adversaire, avec nulle autre intention que de vexer et de blesser, avec pour objectif final de détruire le débat, et par là même la victoire de l’adversaire.

Ainsi, selon la logique même de l’ouvrage L’art d’avoir toujours raison de Schopenhauer, le « ultime stratagème » du débat, n’est pas ultime dans le sens qu’il permettrait à coup sûr de gagner un débat, comme une stratégie optimale, mais ultime car il est utilisé en dernier recours, en expédient, avec pour objectif de mettre fin, par tous les moyens, au débat, lorsque l’on est certain de le perdre !

Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire sans trop y réfléchir, cet « ultime stratagème », stratégie du virilisme rhétorique par excellence, conçue pour dominer et humilier, n’est en réalité rien d’autre qu’une stratégie de perdant, et même, pour être plus précis, d’un perdant qui a pourtant l’audace de crier victoire.

C’est d’ailleurs pour cette raison que cette stratégie est à la fois conspuée et détestée par ceux maîtrisant les bases de la rhétorique et faisant preuve d’un minimum d’intégrité, et ; au contraire, acclamée et appréciée par ceux qui n’ont pas d’autres moyens plus légitimes de défendre leurs opinions.

J’y ajouterai le cas particulier des stratagèmes 21 (= Répondre à de mauvais arguments par de mauvais arguments) et 26 (= Retourner un argument contre l’adversaire), et bien entendu le stratagème 38 lui-même (= Soyez personnel, insultant, malpoli).

En effet il peut être légitime d’utiliser ces stratagèmes de façon préventive ou contre-offensive, pour contrer un adversaire qui à la réputation d’utiliser systématiquement ces stratagèmes pour pourrir les débats.

Le problème d’un tel raisonnement, c’est qu’on se retrouve alors dans une situation de « dilemme du prisonnier », où chacun peut être tenté d’utiliser de tels stratagèmes par peur que l’adversaire s’en serve également.

C’est d’ailleurs pour cela que, lorsque la confiance concernant la bonne foi des débatteurs est trop incertaine, quand c’est possible, et qu’on peut l’éviter sans contrevenir à nos objectifs, il vaut mieux souvent purement et simplement ne pas de débattre.

Je vous renvoie en particulier à cet excellent article de Nicolas Galita publié sur Medium, regroupant 5 raisons pour lesquelles il ne vaut jamais débattre avec l’extrême-droite : https://medium.com/d%C3%A9penser-repenser/il-ne-faut-jamais-d%C3%A9battre-avec-lextr%C3%AAme-droite-f793840f65b5
Note : Bien entendu, cet article s’adresse à ceux qui souhaitent combattre l’idéologie d’extrême-droite.

Face à un tel constat, on pourrait se décourager, considérer que le débat est inutile dans la majorité des cas, et que l’on aurait tort de perdre notre temps avec des abrutis, ou des intelligences cherchant à nous faire passer pour des abrutis.

Il y a cependant 2 raisons principales d’espérer.

La première raison, qui ne sera pas développée dans cet article, est qu’il existe d’autres moyens de communiquer et d’avoir un impact positif sur nos semblables que le débat.

Si vous êtes plus savant que votre interlocuteur sur un sujet, vous pouvez toujours lui enseigner votre savoir sur ce sujet.

Si vous devez défendre et promouvoir votre opinion dans un environnement hostile et peu favorable à vos idées, vous pouvez toujours agir selon vos principes, pour créer matériellement les preuves que ce que vous pensez est bénéfique.

Le débat n’est pas nécessaire pour développer les idées des gens, il joue même un rôle assez marginal pour la majorité des gens, qui sont avant tout influencé par l’éducation (et son versant la propagande), et l’action (la leur et celle des autres).

Finalement, pour produire des connaissances, le débat est surtout utile « entre experts », c’est-à-dire entre personnes étant d’intelligence et d’érudition équivalente sur un sujet, comme le suppose la controverse scientifique, tandis que pour produire de l’action individuelle et collective, le débat est surtout utile « entre citoyens », ce qui est la fonction du débat politique.

La deuxième raison d’espérer est que, heureusement pour nous, « l’ultime stratagème » de Schopenhauer est loin d’être infaillible, de l’aveu de l’auteur lui-même et il nous délivre plusieurs clés tirées de la philosophie classique pour contrer cet ultime stratagème.

Bien entendu, et c’est là la règle la plus élémentaire, face à un adversaire désobligeant et insultant, le plus sage est de garder son calme et ne pas en faire autant.

Comme le dit Schopenhauer ; c’est « en démontrant tranquillement à quelqu’un qu’il a tort et que par voie de conséquence il juge et pense de travers, ce qui est le cas dans toute victoire dialectique, on l’ulcère encore plus que par des paroles grossières et blessantes »

La seconde règle élémentaire est de dévoiler clairement et avec confiance la stratégie de l’adversaire, qui est de sortir de l’objet du débat par l’insulte, puis de continuer le débat en ignorant les propos blessants qui nous ont été adressés.

Cependant, ces deux règles élémentaires peuvent se retrouver compromise, déjà parce nous sommes tous susceptible de s’emporter et de faire preuve de faiblesse, car nous sommes humains, mais aussi parce que notre adversaire peut, en insistant, établir un lien entre l’objet de son insulte et l’objet du débat (en termes rhétorique, de transformer un « ad personam » en « ad hominem »).

Mais surtout, par nature, la dispute dépasse toujours l’objet de la dispute pour se déplacer sur le terrain de la vanité, car l’une des principales fonctions qu’occupe la dispute pour nous autres êtres humains sont d’avoir raison.

C’est en particulier notre intelligence que nous confrontons lors d’un débat, et lorsqu’on perd un débat, c’est notre propre intelligence qu’on insulte. C’est pour cette raison que nous préférons alors avoir recours à « l’ultime stratagème », pour insulter en retour l’intelligence de celui qui vous a insulté par sa supériorité.

Cité, par Schopenhauer, Thomas Hobbes en bon misanthrope, soutient que la vanité est l’une des plus hautes motivations de l’homme :

« Toute volupté de l’esprit, toute bonne humeur vient de ce qu’on a des gens en comparaison desquels on puisse avoir une haute estime de soi-même. Rien n’égale pour l’homme le fait de satisfaire sa vanité, et aucune blessure n’est plus douloureuse que de la voir blessée »

Le Citoyen de Thomas Hobbes

Ce qui permet à Schopenhauer d’expliquer pourquoi la vanité est consubstantielle au débat-dispute, dont il faut au moins constater la relative superficialité pour l’intérêt privé (du débatteur) et/ou la relative inutilité pour l’intérêt public (des spectateurs).

Cette satisfaction de la vanité naît principalement du fait que l’on se compare aux autres, à tout point de vue, mais surtout au point de vue des facultés intellectuelles. C’est justement ce qui se passe effectivement et très violemment dans toute controverse. D’où la colère du vaincu, sans qu’on lui ait fait tort, d’où son recours à ce dernier expédient, à ce dernier stratagème auquel il n’est pas possible d’échapper en restant soi-même poli.

L’art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer

Cela conduit Schopenhauer à concéder que la stratégie la plus fiable, celle qu’Aristote développe dans le dernier chapitres des Topiques, est de ne PAS débattre avec le premier venu !

Un individu considéré comme apte au débat doit être :

  1. Rationnel : S’appuyer sur des arguments fondés et non des certitudes injustifiées.
  2. Raisonnable : Capable de ne pas insulter (donc utiliser l’ultime stratagème), débiter des absurdités et/ou se couvrir de ridicule.
  3. Empathique : Écouter les raisons de l’autre et pouvoir se mettre à sa place.
  4. Intègre : La personne doit avoir un sens de l’équité et de la mesure pour souffrir le fait qu’il puisse avoir tort et que son adversaire ait raison

En un mot, pour Aristote, le débatteur idéal doit être PHILOSOPHE : Avoir l’amour de la vérité et du savoir, au point d’avoir plaisir à entendre les bonnes raisons, y compris lorsqu’elles viennent d’un adversaire.

Pour les autres, Schopenhauer leur accorde un « droit d’extravaguer », c’est-à-dire de débattre et de raconter ce que bon leur semble tant que cela ne nuise à personne.

Car suivant les paroles de Voltaire, il décrète que : « La paix vaut encore mieux que la vérité. »

Il renoue ainsi avec une sagesse ancestrale, qui veut que lorsque l’on ne sait pas, et qu’on veut la paix, il faut, la plupart du temps, avoir la modestie de se taire.

En particulier, il est édifiant que L’Art d’avoir toujours raison, qui a tant glorifié le débat comme dispute et confrontation adverse, et qui a fait de son ultime stratagème la pierre angulaire d’un art rhétorique du bruit et de la fureur, se termine par ces mots :

Et un proverbe arabe dit : « À l’arbre du silence est accroché son fruit : la paix. »

CONCLUSION : La dispute : Une fausse conception du débat 

Nous l’avons vu, en tout point de vue, réduire l’art du débat à l’art de la dispute est une grossière exagération, qui d’ailleurs repose sur l’emploi de plusieurs stratagèmes présentés, notamment le 1er stratagème, l’extension, qui consiste à élargir au maximum l’interprétation du sens des concepts et idées développés par notre adversaire, tout en réduisant au maximum la définition les concepts et idées que l’on développe.

Tout au long de l’ouvrage, en particulier au début et à la fin, on se rend compte que A.Schopenhauer est lui-même conscience du caractère abusif des stratagèmes qu’il propose, et va même jusqu’à annoncer d’emblée que celui qui, dans un débat, cherche à avoir toujours raison, renonce à toute objectivité, pour se lancer dans la bataille âpre et potentiellement déloyale des vérités subjectives.

Ce « guide » rhétorique n’est pas tant un guide des bonnes pratiques du débat, qu’un anti-guide des pratiques les plus sournoises auxquelles peut avoir recours un débatteur, y compris lorsque les faits et la raison rationnelle sont contre lui, ce qui est alors le seul moyen d’avoir « toujours raison ».

En effet, de même que dans la controverse scientifique, c’est l’art du doute qui permet de faire progresser la controverse et de produire des connaissances, dans l’art du débat, l’art de la certitude ne saurait rien produire de nouveau, et on ne peut en attendre aucun résultat sur les opinions de ceux qui emploient cette certitude.

Schopenhauer va jusqu’à se donner tort à lui-même, volontairement.

En effet, il est difficile dans le ton provocateur qui est le sien dans cet ouvrage, à mille lieux de sa réflexion platonicienne et kantienne qu’il développe dans son œuvre principale Le Monde comme volonté et représentation, d’y voir autre chose qu’une profonde et savante ironie, une mise en abime où Schopenhauer utilise dans son raisonnement les mêmes principes qu’il développe, afin d’en révéler le caractère cuistre et brutal, faisant de ses 38 stratagèmes des parodies aussi instructives que fantasques.

https://www.wikiwand.com/fr/Le_Monde_comme_volont%C3%A9_et_comme_repr%C3%A9sentation

Malheur à ceux qui voient dans L’Art d’avoir toujours raison un cynique et authentique guide pratique de rhétorique.

Ainsi, rationnellement, quiconque utiliserait ces principes devrait être décrédibilisé dans sa démarche critique, que ce soit en tant qu’expert scientifique ou intellectuel débatteur.

Cependant, retenons que les êtres humains sont loin d’être purement rationnels.

Une question sur la rhétorique qui m’a alors longtemps taraudé, est de savoir comment ne pas sombrer dans le purisme rhétorique car ces stratagèmes « marchent » à un certain niveau, tout en valorisant le fait que, à terme, un débat de haut niveau sans utiliser ces stratagèmes aura à la fois plus d’intérêt et d’efficacité.

Sur ce point, il me semble important de différencier le court terme du long terme, l’instant du débat de la permanence de ses effets. Il est vrai que, lors d’un débat ou un discours, on ne retient pas tout, et que par conséquent, l’impression générale que nous en avons, nous conduit à établir un gagnant et un perdant, et que cette représentation peut jouer un rôle dans nos opinions.

Mais fort heureusement, l’influence de cette impression diminue avec le temps ! Car si l’impression est évanescente, et peut être remise facilement en cause par un autre débat, en revanche, les arguments s’accrochent d’autant plus fortement, qu’ils ont été difficiles à intégrer, et qu’il nous a fallu du temps pour en être convaincu.

Or, les stratagèmes de Schopenhauer sont les armes du court-terme. En cherchant à jouer sur les impressions, et à détruire l’ethos de ses adversaires, ces stratagèmes permettent certes, dans une certaine mesure, de « gagner à tous les coups », mais non seulement ces victoires seront de moins en moins éclatantes et utiles (car le logos et la raison seront de plus en plus absentes), mais en plus, le débatteur verra son ethos de plus en plus décrédibilisé, à mesure que l’on accumule les preuves de sa brutalité et de sa déloyauté en débat.

Ainsi, si ces stratagèmes permettent de remporter ponctuellement vos débats, ils diminuent d’autant votre capacité à produire du débat constructif, à la fois intéressant et utile.

À terme, seuls les spectateurs venus en quête de spectacle, soit pour vous acclamer, soit pour vous détester, seront au rendez-vous. C’est sur cette base que se nourrissent les polémistes, de la dispute plutôt que du débat, de la plainte et la dénégation plutôt que de reconnaissance et de valorisation.

Jamais vous ne verrez un bon orateur, à la fois du bon et du bien, avoir le pessimisme comme seule tirade, et le déclin comme seul constat. L’orateur épanoui vit de l’optimisme, de l’inspiration et de l’espoir. Il rend les choses belles là où le polémiste les enlaidit.

Faut-il pourtant, par pureté du débat constructif, s’engager à ne jamais employer ces stratagèmes ?

Ce serait se mentir, car on s’en sert tous inconsciemment, mais aussi contre-productif, notamment si l’adversaire s’affaire de toutes ses forces à réduire le temps et l’espérance du débat.

Par exemple, certains politiques peuvent s’en servir de façon régulière mais dissimulée, pour tirer tous les avantages de ces stratagèmes sans en affronter les conséquences.

Face à ceux-là, d’autres politiques peuvent tout à fait décider d’employer cette technique pour ridiculiser, signifier qu’il ne souhaite pas débattre face à un contradicteur si ridicule.

En effet, les méthodes les plus efficaces contre ces stratagèmes sont les suivantes :

  1. Le dévoilement : Démontrer que l’adversaire utilise de tels stratagèmes, ce qui discrédite sa bonne foi (sur le plan de l’ethos) et la qualité de son argumentation (sur le plan du logos). Cependant, la surutilisation de cette méthode est aussi un stratagème, qui permet de détourner le débat, de critique l’adversaire plutôt que de parler du fond. C’est un stratagème explicite.
  2. La dérision : Face à un adversaire cherchant à vous ridiculiser à l’aide de ces stratagèmes, vous pouvez vous-mêmes les tourner en ridicule, afin de signifier subtilement à votre adversaire et votre public que vous avez compris son manège. C’est un stratagème implicite.
  3. L’ironie : Il s’agit probablement de la méthode la plus efficace, plutôt que de fâcher l’adversaire qui cherche à vous fâcher, il s’agit au contraire de le flatter de telle sorte à montrer l’absurdité de ses stratagèmes. Il s’agit alors d’utiliser l’ascendant qu’il a cherché à prendre dans le débat pour l’exposer davantage. C’est un contre-stratagème.

Ainsi, si vous souhaitez devenir bon orateur vous-même, votre talent ne sera pas mesuré au nombre de stratagèmes que vous serez capables d’employer, mais au contraire, de votre capacité à en utiliser le moins possible, tant pour convaincre que pour déjouer ces mêmes stratagèmes.

Si l’ensemble des débatteurs s’astreignent à ce principe, alors c’est la promesse d’un débat constructif sur le plan rhétorique, et esthétique sur le plan de l’éloquence.

Voilà toute la sagesse que Schopenhauer réserve aux esprits les plus vifs et les plus fins, là où les plus frustres et les plus brut n’y trouveront que moyens à employer pour détruire.

C’est seulement ainsi, en progressant toujours davantage dans notre connaissance et de notre savoir-faire rhétorique, sans s’appesantir des petits stratagèmes éculés de Schopenhauer, que l’on peut dépasser le pessimisme sur la rhétorique, pour construire de la rhétorique constructive, plutôt que de simplement chasser les mauvaises pratiques.

C’est ce projet de dépassement qui anime le dernier ouvrage de Clément Viktorovitch, habituellement connu pour décrypter et déconstruire les pratiques rhétoriques les plus douteuses, Le Pouvoir Rhétorique : Apprendre À Convaincre et À Décrypter Les Discours, qui semble quant à lui apparaître comme un authentique guide rhétorique, en miroir à l’anti-guide qu’est L’Art d’avoir toujours raison de Schopenhauer.

Mais cela pourra faire l’objet d’un prochain article. 😉

Sources et références utiles

Ouvrages :

Arthur Schopenhauer et al. L’art d’Avoir Toujours Raison : La Dialectique Éristique. Paris, Éd. Mille Et Une Nuits, Dl, 2021.

Clément Viktorovitch. Le Pouvoir Rhétorique : Apprendre À Convaincre et À Décrypter Les Discours. Paris, Éditions Du Seuil, 2021.

Cécile Alduy. La Langue de Zemmour. Paris, Éditions Du Seuil, 2022.

Vidéos :

SCHOPENHAUER – L’art d’avoir toujours raison (Analyse de 5 stratagèmes) – Le Précepteur

Autres :

https://www.schopenhauer.fr/oeuvres/fichier/l-art-d-avoir-toujours-raison.pdf (Résumé des 38 Stratagèmes de Schopenhauer)

https://www.wikiwand.com/fr/%C3%89ristique (Éristique)

https://medium.com/d%C3%A9penser-repenser/il-ne-faut-jamais-d%C3%A9battre-avec-lextr%C3%AAme-droite-f793840f65b5 (5 raisons pour lesquelles il ne vaut jamais débattre avec l’extrême-droite)

Published inEsprit Critique, Rhétorique & Débats

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