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Penser les systèmes sociaux dans un monde complexe et imparfait

En me basant sur la réflexion originelle de l’ouvrage « Défection et prise de parole » d’Albert O.Hirschman, économiste pluridisciplinaire (économie, sociologie, science politique), je me livre à l’exercice périlleux tant sur le plan intellectuel et scientifique, et pourtant vital pour la construction de notre pensée et notre compréhension du monde, de modéliser une réalité complexe et imparfaite, au sein d’un modèle simple et général.

La réalité que je cherche à décrire est à la fois l’une des plus complète, mais aussi la plus abstraite du monde humain et social : Le Système.

Selon une définition purement descriptive, le système est un ensemble abstraits d’éléments coordonnés par des lois ou une théorie les inscrivant dans une cohérence plus globale, et supposant des relations d’interdépendance entre ces éléments.

Ainsi, même si le système peut décrire et expliquer avec plus ou moins de pertinence une réalité , il s’agit avant tout d’une construction de notre pensée, qui peut tout aussi bien chercher à décrire le réel (un système « de fait »), ou à construire le réel (un système « de droit ») par son application par des humains, auquel cas on parlera plus précisément de système social.

Politiquement et scientifiquement, cette notion est souvent utilisée pour décrire l’état des choses et du monde sous la forme d’une réalité plus ou moins indépassable (= statu quo), ou d’un compromis plus ou moins durable (= évolution/progrès).

Le Système possède alors cette qualité formidable de perdurer dans le temps et dans l’espace, malgré l’ensemble des forces, groupes, et individus, à prétendre – sincèrement ou non – amender, changer voire révolutionner ledit « Système », et donc à se revendiquer anti-système.

C’est ainsi que, si bien que l’écrasante majorité des individus puissent à leur échelle ne pas se déclarer « pro-système », soit pour le critiquer, soit pour s’en contenter (souvent les deux en même temps), le Système demeure par les forces qui l’animent et le soutiennent.

Comme nous le verrons, nous pouvons même définir n’importe quel système, en cela qu’il parvient par les forces qui l’animent et l’entretiennent à lutter contre l’entropie certaine et permanente qui le menace de désordre et de dissolution, et donc à lutter contre sa propre imperfection.

Cependant, il est bien compris qu’il est impossible d’englober ni de comprendre le « Système », sans chercher à comprendre les sous-systèmes qui le constituent, et même les sous-systèmes qui composent ces sous-systèmes.

Cette conscience de la multiplicité équivoque des systèmes sociaux, n’a pas seulement un intérêt politico-social à partir duquel on peut justifier que « tout est compliqué » (et donc qu’il ne faut pas s’y intéresser) ou que « tout est complexe » (et donc qu’il faut s’y intéresser davantage), mais aussi un intérêt scientifique.

Assurément, cette prise de conscience a amené les sciences sociales à avoir recours de plus en plus souvent à une approche dite systémique, ce qui ne manque pas d’effrayer les plus conservateurs et libéraux, qui voient là l’occasion pernicieuse de déresponsabiliser les individus de leurs pensées et de leurs actes, et de faire endosser toutes les responsabilités au « Système » comme ultime expédient.

Cette peur est pourtant totalement irrationnelle tant sur le plan scientifique que politique.

En effet, une telle conception du « Système » comme entité indépendante, totale et singulière qui échappe totalement aux individus, est un mythe que la science a cherché inlassablement à détruire, notamment par l’approche analytique qui cherche à comprendre les éléments d’un système indépendamment de ce système, tandis que l’approche systémique enterre encore plus profondément ce mythe, en identifiant le rôle et la contribution des éléments d’un système dans ce système, démontrant une fois de plus qu’un système n’existe pas en soi, sans que les éléments qui le constituent ne concourent à sa perpétuation.

De plus, il y a une confusion importante quand à la prétendue nouveauté de l’approche systémique en sciences, qui est pourtant depuis longtemps déjà devenu la norme en science naturelle, tant les limites de l’usage exclusif de l’approche analytique sont immenses dès lors que des études empiriques ont pu être menées à une large échelle et qu’elle ont pu alors faire système.

En effet, au grand regret des scientifiques soucieux de se rapprocher de la vérité, l’approche analytique – qui vise à décomposer de façon exhaustive un système en éléments distincts et indépendants clairement identifiés pour en comprendre la totalité, allant du particulier au général – a produit des raisonnements souvent très éloignés de la réalité empirique, d’autant plus lorsque les systèmes considérés gagnaient en taille et en complexité.

Par opposition, l’approche systémique ne s’intéresse pas tant aux objets qu’aux relations et aux interactions entre ces objets, à l’importance relative qu’on ces objets les uns par rapport aux autres, ainsi qu’aux structures qui régissent ces rapports.

Il s’agit donc d’une approche globale qui va du général au particulier, qui consiste à étudier les ensembles les plus généraux avant d’étudier les sous-ensembles qui les constituent.

Or, cette approche convient particulièrement aux domaines de la science pour lesquels il est très compliqué et/ou trop peu pertinent de chercher à isoler les éléments constituants du système, aux propriétés et aux lois du système lui-même.

En sciences humaines et sociales, cette approche était même dominante avant que ces sciences ne soit formalisées comme telles, et l’approche analytique ne s’y développe finalement qu’avec le développement de la statistique sociale, et surtout, de l’approche micro-fondée développée par la science économique néoclassique, et qui reste une approche dominante à ce jour (85% des publications scientifiques dans les revues les mieux classées).

C’est pourquoi les sciences naturelles, mais aussi les sciences humaines et sociales, contraintes à une rigueur toujours plus importante, utilisent désormais conjointement les approches analytiques et systémiques, pour comprendre puis expliquer la complexité des choses, par un aller-retour fructueux entre des approches analytiques et/ou systémiques « naïves », et des approches analytiques et/ou systémiques « recherchées » pour préciser les approches précédentes.

En bref, l’approche analytique est une approche « par le bas », qui visent à étudier du particulier pour en déduire progressivement une plus grande généralité, tandis que l’approche systémique est une approche « par le haut », qui consiste à étudier le général, pour en induire progressivement le particulier.

En effet, c’est sur la base du caractère trop particulier ou trop général d’une découverte scientifique, que l’on juge la perfectibilité d’une théorie scientifique (car « trop simple » ou « trop complexe »), et qu’on peut ensuite travailler à l’améliorer et à la préciser.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les théories scientifiques du passé, sans leur retirer les mérites qu’elles pouvaient avoir en leur temps, sont souvent si ce n’est toujours qualifié de cette manière.

Enfin, sur le plan concernant spécialement le politique et le social, la notion scientifique de « Système » est dévoyée, en cela qu’elle peut amener à considérer pareillement les systèmes physiques et logiques « de fait » sur lesquels que l’intention humaine ne peut nullement influencer ni transformer, et les systèmes humains et sociaux « de droit », sur lesquels l’intention humaine joue de façon primordiale, puisque c’est cette intention qui constitue l’existence du système, puisque dans ce cas-là se sont les humains qui façonnent leur propre réalité.

Or, si admettre notre impuissance à changer les premiers (comme la gravité ou le fait que 1+1 fasse 2 en mathématique) relève du bon sens, accepter le statu quo concernant les seconds (les lois du « contrat social », la culture, nos comportements, …) est une absurdité qui n’est étayée par aucune réalité, croyance à la fois naïve, puisque l’on participe à ces systèmes malgré nous, et délétère, car elle nous impuissante dans un système où nous avons pourtant un pouvoir, càd un rôle et une contribution.

Cette résignation « volontaire », du moins quand elle est consciente, est d’autant plus absurde que la plupart des systèmes sont en réalité des systèmes « de fait » ET « de droit », car les humains ont cherché et sont parvenus toujours davantage a façonner leurs environnements et donc les systèmes qu’ils contiennent.

En réalité, politiquement, le mythe que l’approche systémique bat en brèche, et ce de façon beaucoup plus dérangeante et subversive, est le mythe de l’individu.

L’approche systémique fait une réalité scientifique concrète, de l’idée que nous ne sommes pas seuls, et que – notamment dans des systèmes qui s’agrandissent et se complexifient – l’individu seul n’a aucun pouvoir s’il ne parvient pas à obtenir et à utiliser la puissance d’autres individus et composantes du système pour exercer ce pouvoir.

C’est dans ce sens qu’Albert O.Hirschman produit sa théorie de l’imperfection inhérente au système, qui, cherchant à « explorer le jeu de ces forces dans la vie économique » au-delà des hypothèses de rationalité amorale et d’indépendance libre et intéressée de l’analyse économique, réalise rapidement que ces notions s’appliquent à « tout un ensemble et situations et d’organismes étrangers à l’économie », que je résume et extrapole ici sous la notion de système, spécialement de système social.

Axiomes et implications scientifique de la théorie de « l’imperfection inhérente au système »

La théorie de « l’imperfection inhérente au système » repose sur 2 axiomes (= hypothèses admises sans démonstration) :

  1. L’universalité ou la généralité : L’ensemble des définitions et considérations de cette théorie s’applique s’appliquent à tout « système » social. (Exemple : Société d’agents individuels, organisations, institutions, …)
    • Ces définitions et considérations s’appliquent également à toute composante, personne ou entité physique ou morale de ce système (qu’on peut aussi nommer sous-systèmes).
    • L’entropie (càd l’imperfection du système) est un principe absolu c’est-à-dire qu’il est valable dans tout système et en toute situation (spatio-temporelle).
    • Le système est unique et ne peut pas être séparé de son environnement. (dans l’analyse, l’environnement fait donc partie du système)
  2. L’atomisme : On suppose que tout système est décomposable en composantes ou que l’on peut classifier et hiérarchiser des moins indivisibles (càd des plus « systémiques »/ « dépendantes » du système) aux plus indivisibles (càd les moins « systémiques » / « dépendantes ») en sous-systèmes.
    • Les composantes les plus indivisibles (dite « atomiques » ou indépendantes / déliées) qui constituent les systèmes les plus simples, sont celles dont les paramètres (F.R.N.V) sont les plus univoques (pouvant suivre un nombre limité, voire unique de « voies »).
    • A l’inverse, les composantes les moins indivisibles (dite « systémiques » / interdépendantes / liées) qui constituent les systèmes les plus complexes, sont celles dont les paramètres (F.R.N.V) sont les plus équivoques (pouvant suivre un nombre multiple voire « infini » de « voies »).

* Les paramètres F.R.N.V seront explicités ultérieurement.

Ces axiomes ont 2 implications épistémiques (càd scientifiques) majeures :

  1. L’entropie ne saurait se résorber avec le temps ou en changeant de lieu, car l’entropie se définit seulement dans la stricte situation que l’on a identifiée, car cette situation est constitutive des paramètres de ce système. Si on change de situation, on change de système.
    🡺 On ne peut donc pas évaluer l’entropie relativement à d’autres situations (Exemple : « Il y a pire/mieux ailleurs », « C’était pire/mieux avant ».), car cela revient à évaluer l’entropie d’un autre système que le système de référence permettant de qualifier cette entropie.
  2. Le choix systématique d’une approche systémique, qui implique que, scientifiquement, on ne peut évaluer l’imperfection du système qu’en éprouvant la résistance de la perfection du système.
    🡺 Ce qui implique qu’il s’agirait de la seule, ou du moins la meilleure méthode pour « franchir le mur » qui sépare le système/modèle à la réalité qu’il nomme/modélise. (Càd de la théorie à l’empirie).

Je vous renvoie vers cet article qui illustre et décrit l’opposition entre les approches analytiques et systémiques en sciences, sans pour autant constituer une preuve scientifique suffisante : https://www.millenaire3.com/ressources/L-approche-systemique-peut-elle-aider-a-apprehender-la-complexite-de-l-evaluation-des-politiques-publiques

L’imperfection inhérente au système

« Même dans une société avec les meilleures institutions du monde, il est inévitable – ne serait-ce que pour des raisons accidentelles – que le comportement de certains agents ne réponde pas à celui qu’on attend d’eux. »

Défection et prise de parole – Albert O.Hirschman – 1970 – p.11

Cela signifie que, même dans le meilleur des systèmes, il y aura toujours des raisons – de fait ou de droit – qui conduiront à son imperfection équivoque, même marginale voire infime.

Ainsi, il existe dans tout système une proportion certaine de propriétés dysfonctionnelles ou vicieuses et de comportements irrationnels ou déviants, que l’on peut nommer entropie.

Si cette proportion d’imperfection reste à définir, son existence est d’une évidence ontologique, qui est la même qui nous permet intuitivement de comprendre que le Yin se complète dans le Yang dans une parfaite symétrie, qu’on ne distingue la lumière que par l’existence de l’obscurité, et que le bien n’existe pas sans qu’il n’existe un mal à lui opposer.

Ainsi, tout système, pour ne pas décliner dans le désordre ou la dissolution, cherche à lutter contre l’antisystème, càd contre la progression de cette entropie :

« Dans la vie de toute société, on rencontre une certaine proportion de comportements déviants ou dysfonctionnels. Pour que ces derniers, par leurs effets cumulés, n’entraînent pas un déclin général, la société doit rassembler ses forces pour ramener le plus grand nombre possible de ses membres défaillants à des comportements compatibles avec son fonctionnement normal »

Défection et prise de parole – Albert O.Hirschman – 1970 – p.11

On peut définir le « fonctionnement normal » de tout système social selon 4 paramètres (F.R.N.V) :

  1. La Fonction = Propriétés qui concourent objectivement à « l’usage » des buts et des finalités. ( = Fins objectives)
  2. La Raison = Facultés permettant de connaître et de juger conformément à des principes objectifs de la « pensée », et de « l’action » en cohérence avec ces principes (= Moyens objectifs)
  3. La Norme = Les règles et critères qui définissent subjectivement le « bon usage » comme buts et finalités. (= Fins subjectives)
  4. La Vertu = Qualités qui s’appliquent à connaître et juger conformément à des principes subjectifs de la « bonne pensée », et de la « bonne action » en cohérence avec ces principes (= Moyens subjectifs)

Chacun de ces paramètres permet de mesurer la (im)perfection d’un système, càd aussi bien son fonctionnement théorique que son entropie caractéristique qui permet de rendre compte de l’écart entre la théorie et la réalité.

Il est à noter que, dans ce modèle, les notions d’objectivité et de subjectivité ne se définissent pas par rapport à leur degré de rationalité, mais au fait que :
– Les propriétés objectives d’un système s’appliquent lorsque ce système est traité comme un « objet », càd inconscient et/ou sans volonté d’agir.
– Les propriétés subjectives d’un système s’appliquent lorsque ce système est traité comme un « sujet », càd conscient et/ou ayant une volonté propre d’agir.

Les « forces » de tout système ou société, qui concourent au « fonctionnement normal » du système ou de la société, et qui cherchent à réduire l’entropie, sont de 2 natures antagonistes :

Ces forces permettent d’établir les frontières du système et les manquements (càd les faiblesses et les inerties) de ces forces de mesurer son imperfection [voir « Définir l’entropie dans le système »]

En pratique, cela signifie qu’aucun système (économique, social, politique) n’est 100% parfait, car aucun ne peut garantir une entité/société :

A cause de la proportion certaine d’entropie qui existe dans tout système, un système « 100% parfait » est impossible. Pareillement, un système « 0% parfait » est absurde car il n’existerait pas, ou n’aurait aucune pertinence [voir « Mesurer l’efficacité du système »]

Ainsi, l’imperfection inhérente à tout système se mesure conjointement par des paramètres objectifs et subjectifs, qui permettent à la fois :

1. De définir l’imperfection du système (càd son entropie)
2. De mesurer la perfection du système (càd son efficacité).

A) Définir l’entropie dans le système

Dans un système, l’entropie peut se manifester de 2 manières :

  1. Par la faiblesse : Le système ne parvient pas à être ce qu’il est censé être, par l’incapacité ou par l’impuissance qu’il subit.
  2. Par l’inertie : Le système ne parvient pas à être ce qu’il aspire à être, par la contrainte ou par l’impotence (càd le non-pouvoir) qu’il s’impose.

Parallèlement, le système/modèle se définit de 2 « façons », à travers 2 modes de définition :

Remarque : Le passage de l’insoumission à l’impériosité se fait en fonction de la primauté accordée à l’intention humaine dans l’échelle des valeurs.
🡺 Quand la puissance se dote d’une intention, devient un pouvoir. De même, quand la capacité se dote d’une intention, elle se contraint.
Ces deux implications suivent l’adage : « Celui qui s’impose à soi-même, impose à d’autres. »
🡺 Comme nous le verrons, c’est cette intention progressive qui permet de passer de l’effectif (càd l’existence) à l’efficience (càd le mouvement) pour atteindre l’efficacité (càd l’idéal). On revient alors à l’idée qu’un système « 100% parfait » est impossible, tout comme un système « 0% parfait », car il n’existerait pas.

Ces 2 modes de définition se déclinent en 4 paramètres (réglage existant du système) ou régulations (paramètres pouvant être réglé) qui constituent le système :

  1. La Fonction (1) et la Raison (2) qui se définissent de façon « insoumise » ou « incontrôlée ».
    🡺 Ce sont des paramètres objectifs (qui prennent le système comme objet)
  2. La Norme (3) et la Vertu (4) qui se définissent de façon « impérieuse » ou « contrôlée ».
    🡺 Ce sont des paramètres subjectifs (qui prennent le système comme sujet)

Ainsi, les raisons de l’imperfection sont à chercher dans les doubles-limites de l’insoumission aux faits (faits qui s’imposent au système) et de l’impérialité des droits (droits et règles que le système s’impose).

B) Mesurer l’efficacité du système (de 0 à 100%) :

La mesure de l’efficacité d’un système

La mesure de l’ensemble des effets et des garanties d’un système – par les paramètres qui le définissent – se fait selon un critère fondamental d’efficacité, qui se définit comme : Le caractère de ce qui produit par les faits et/ou la volonté, conformément à l’effet attendu et/ou poursuivi.

Cependant, la mesure de l’efficacité est bien plus complexe qu’on puisse l’imaginer, car la notion d’efficacité est non seulement plurielle, mais aussi parce qu’elle ne décrit pas la même réalité selon le paramètre du système considéré.

En réalité, l’efficacité définie strictement est un critère absolu qui doit être atteint sans considération de moyens (c’est d’ailleurs pourquoi nous l’avons défini arbitrairement à 100%).

Pour autant, cette efficacité peut s’exprimer sous des formes plus relatives que sont l’efficience (qui suppose un ratio en % par rapport à l’efficacité) et l’effectivité (= qui suppose un seuil en % pour qualifier l’existence ou la « significativité » de cette efficacité) :

En un sens, le minimalisme vise à l’autonomie de la fonction et de la raison/pensée, et le maximalisme vise à l’hégémonie de la norme et de la vertu.

Il serait pourtant inepte de séparer la neutralité du minimalisme et la partialité du maximalisme au sein d’un système, et donc absurde de penser qu’un système ne puisse être uniquement un « objet » de fait, ou uniquement un « sujet » de droit.

Pour ne donner que le cas de l’efficience, le rendement uniquement minimaliste est inique, tout comme le rendement uniquement maximaliste est insensé. Autrement dit, la raison sans la vertu est une horreur, la vertu sans la raison est une gabegie.

Il convient cependant de nuancer cette affirmation, par le fait que la distinction entre les moyens et les fins n’est pas aussi tranché qu’on pourrait le penser.

Bien souvent, les moyens et les fins sont tout aussi concrets, voire concomitants (l’action est mise en œuvre en cohérence et continuité absolue du but poursuivi).

Ainsi :

  • Un système « vertueux » (ou plutôt plus vertueux que rationnel) pourrait vouloir maximiser les moyens, au titre que ces moyens aient une vertu tout autant que les buts poursuivis (Exemple : Créer des emplois protégés pour lutter contre la précarité du travail)
  • Un système rationnel (ou plutôt plus rationnel que vertueux) pourrait chercher à optimiser ses moyens (càd à les « minimaliser) selon la même logique qu’elle puisse chercher à rationaliser (càd à « modérer ») ses buts, pour faire la part des choses entre ce qui est nécessaire et ce qui est inutile.
    Exemple : Flexibiliser le droit du travail pour privilégier l’accès à l’emploi perçu comme nécessaire, plutôt que la sécurité de l’emploi perçu comme secondaire.

Évaluer la pertinence d’un système

Pour évaluer la pertinence d’un objet/sujet étudié dans un système, voire d’un système lui-même, il faut vérifier, successivement et dans cet ordre son :

1. Effectivité 🡺 Si NON, l’objet/sujet n’existe pas significativement 🡺 L’objet/sujet n’est donc pas pertinent, et donc marginal.
2. Efficience 🡺 On détermine une existence relative à une plus ou moins grande efficience, l’objet/sujet est donc relativement pertinent, et donc à développer.
3. Efficacité 🡺 Si oui, l’objet/sujet est à la fois effectif et suffisamment efficient* 🡺 L’objet/sujet est donc absolument pertinent, et donc incontournable.
*On peut déterminer/viser un « seuil d’efficience » satisfaisante ou « optimale », au-delà de laquelle la notion d’efficience n’est plus pertinente.

Cette méthodologie permet d’étudier scientifiquement les systèmes, non pas par rapport à des critères arbitraires d’efficacité, reposant sur des paramètres tout aussi arbitraire, mais par rapport à l’efficacité propre au paramètre du système lui-même.

Plus un système est pertinent (càd efficace par rapport à ses propres paramètres), plus sa validité scientifique est grande ! Au contraire, plus un système est imparfait, plus il y a d’intérêt à l’étudier / l’amender.

Conclusion

A travers cette théorie, ébauchée sur la base d’une réflexion triviale et pourtant essentielle de la nature des systèmes, enrichis par un travail de définition conséquent, j’ai cherché à élaborer un cadre de pensée qui permette à la fois de modéliser et d’analyser n’importe quel système social, indépendamment de sa complexité, afin de produire un travail épistémique visant à mieux connaître ces systèmes, et un travail opérationnel visant à améliorer ces systèmes selon la considération que vous accordez aux moyens que vous engagez et aux fins que vous poursuivez.

Pour cela, il vous suffit :

  1. De définir un système, fictif ou réaliste, en fonction des 4 paramètres F.R.N.V.
  2. De mesurer l’intensité et la nature de l’entropie qui provoque l’imperfection de ce système, afin d’identifier les forces systémiques qui luttent contre cette entropie, et déterminer à travers quelles entités elles se manifestent
  3. De trier, hiérarchiser et classer les composantes et forces essentielles de votre système selon les notions d’effectivité, d’efficience et d’efficacité.
Publié dansEconomie et régimes

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