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Philo Confinée n°3 : L’Exercitation [De l’exercitation]

Bonjour à tous,

Après avoir abordé successivement l’Oisiveté et la Tristesse, deux états de l’âme susceptible de nous confiner à l’impuissance, dans ce 3ème numéro de [[Philo Confinée]], nous allons enfin nous pencher sur les remèdes à l’impuissance et à l’inaction, et aujourd’hui le premier d’entre eux : l’Exercitation.

L’Exercitation est un terme vieilli qui pourrait aujourd’hui se comprendre comme étant « L’expérience de l’action ».
A l’origine, ce terme désignait la dissertation rhétorique, la dispute des arguments ou plus précisément l’exercice voire l’expérience de la dissertation.
De ce terme découle donc que toute pensée nécessite d’avoir une expérience de la vie, chose pour laquelle l’enseignement des intellectuels qui nous ont précédé n’est pas complètement inutile.

La pratique de l’exercitation a pour nous autres humains 2 avantages :

  1. Elle nous permet de réfléchir sur les causes et les conséquences de nos actes (l’ancrage de nos bonnes et de nos mauvaises habitudes, la moralité et l’efficacité de nos actions, …)
  2. Elle permet de nous interroger sur le sens de nos actions (sont-elles utiles ? morales ? Est-ce qu’elle m’apporte du bonheur à long terme ? Est-ce qu’elles sont volontaires ? …)

Cependant l’exercitation est différente de la méditation et de l’introspection.
D’abord parce qu’elle s’inscrit sur le temps long, dans la mesure où vous décidez de réaliser une expérience de vie nouvelle, il ne s’agit pas de ressasser vos expériences précédentes.
Il s’agit donc davantage d’exploration que de réflexion.
Mais aussi, et peut-être surtout, parce que l’exercitation n’a pas pour objectif de trouver la paix intérieure, mais davantage de se réaliser, de découvrir ses limites et les dépasser, de découvrir et de comprendre le monde.

Dans le cadre de notre série, Philo-Confinée, l’exercitation est notre planche de salut pour éviter de se renfermer dans la méditation, et ainsi pouvoir sortir de notre chrysalide grandi et non pas diminué comme pourrait nous le suggérer nos émotions (voir le n°2 de Philo Confinée consacré à la Tristesse).

Ainsi, l’exercitation, vous l’aurez compris, est un exercice philosophique que l’on peut réaliser par soi-même, autrement dit, une philosophie pratique, qui peut véritablement changer votre quotidien, à défaut de changer le monde.

En dernier lieu, j’aimerai simplement vous avertir sur un point que nous autres dans la candeur de nos foyers et de nos familles avons tendance à oublier :
La crise que nous traversons n’est PAS une opportunité, ni même une vacance dont il s’agirait de profiter.
En effet nombreux sont ceux à ne pas avoir la chance, ni les moyens financiers de bien vivre leur confinement.
Et pour que nous puissions rester chez nous à attendre que l’épidémie soit endiguée, d’autres doivent continuer à travailler, et travaillent même davantage pour compenser notre oisiveté contrainte par les circonstances.
Si nous pensons avant tout aux soignants, il ne s’agirait pas d’oublier les services rendus par nos éboueurs, nos livreurs , nos routiers et nos techniciens réseaux, qui ne sont pas confinés pour que nous puissions continuer à mener une existence à peu près normale malgré tout.
Sans même parler des conséquences économico-sociales que provoque cette crise sanitaire dans des proportions que nous peinons encore à mesurer.

Faut-il pour autant ignorer les « bons côtés » de la crise (diminution des émissions de CO2, protection de la biodiversité, possibilité de passer du temps avec sa famille, …) ? Je ne le pense pas.
Ne faites pas de la crise du coronavirus une opportunité, faites-en un PRETEXTE.
Eduquez-vous sur de nouvelles disciplines, réalisez de nouveaux projets, laissez votre créativité s’exprimer, interrogez-vous sur vous-même et sur le monde.
Mais surtout faites que ces changements en vous soient durables.
Ne vous imaginez pas que le confinement soit une parenthèse qu’il s’agira de refermer quand la vie reprendra ses droits. Ne renoncez pas à tout ce que vous aurez accompli pendant ce temps et continuez d’être la personne que vous serez alors devenue.
Ne soyez pas non plus naïf quant à l’avenir du monde, le répit que notre économie écocide aura accordé à la nature sera de courte durée et l’Anthropocène reprendra bien assez vite ses droits.
Si vous pensez que cette crise est « l’occasion » d’éveiller les consciences, de nous remettre en question et de changer les paradigmes (= les grands principes qui fondent notre système actuel), n’oubliez pas qu’elle n’est en réalité qu’un PRETEXTE.
En fin de compte l’humanité ne peut changer que si les hommes changent, vous devez donc profiter de la crise pour changer, pour espérer que le monde change.

Changer, progresser, grandir par la philosophie tel est le dessein de l’exercitation.
Mais comme je l’ai suggéré au début de ce numéro, cette philosophie pratique est impraticable sans les éléments théoriques adéquats.
C’est pour cette raison que depuis le début et dès à présent tous les numéros de la série [[Philo Confinée]] aborderont toujours de près de loin cette notion d’exercitation, afin de vous permettre d’utiliser la philosophie pour devenir meilleur et d’œuvrer pour un monde meilleur.

Si la notion d’exercitation est encore un peu trouble pour vous, que vous voulez en savoir davantage sur ses fondements philosophiques, je vous invite à lire la 1ère partie du commentaire que j’ai rédigé sur ce sujet (notamment, venez découvrir le rapport entre la vie sexuelle des philosophes et leur exercitation, ou la réponse à LA question de philosophie que l’on s’est tous posé : Est-ce que « tirer un bon gros oinj » une fois de temps en temps permet de mieux philosopher ?)  : https://drive.google.com/drive/folders/1ilBzme5w0JtPSrql-LJgMl1-UTKBfvyb?usp=sharing

De plus je vous laisse à disposition cet article de The Conversation traitant de la Philosophie du confinement selon Leibniz et sa célèbre monade : https://theconversation.com/philosophie-le-confinement-selon-leibniz-135132

Ainsi que la définition « wiki » de l’exercitation : https://fr.wiktionary.org/wiki/exercitation

Sur ce, je vous à dimanche pour un autre numéro sur l’exercitation

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