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Philo Confinée n°2 : TRISTESSE [De la tristesse]

Bonjour à tous,

Je vous présente le 2nd numéro de [[Philo Confinée]], une série qui n’est pas prête de s’arrêter !

Aujourd’hui nous allons parler d’une émotion à laquelle nous sommes davantage confrontés, loin de nos amis et parfois loin de notre famille :
la Tristesse.

Pour commencer, il me semble important d’expliquer pourquoi il vaut mieux parler de la tristesse, plutôt que de simplement l’ignorer. Il y a selon moi deux raisons primordiales :

1. Ne pas parler de la tristesse ne la fait pas disparaître pour autant.
En effet il s’agit d’un état émotionnel naturel de l’homme, fort heureusement passager, qui permet d’exprimer un manque, ou plus vraisemblablement une perte. Ainsi, ne pas écouter sa tristesse, c’est ne pas être à l’écoute de ses propres besoins.

2. Parler de la Tristesse permet de comprendre que éprouver de la tristesse ne fait pas de vous quelqu’un de triste, et encore moins de malheureux, en tout cas pas de façon durable. Et ce parce que la tristesse est TOUJOURS circonstancielle, c’est-à-dire qu’elle dépend des circonstances et qu’elle est toujours provoquée par quelque chose.

Il faudrait ainsi différencier « être triste » de « éprouver de la tristesse ».
Ce que la langue espagnole fait d’ailleurs très bien grâce à ses deux verbes être : Ser et Estar, où « Ser triste » signifie « être dépressif », c’est-à-dire être tout le temps triste, et « Estar triste » signifie « être déprimé », c’est-à-dire être triste de façon passagère voire transitive.
La plupart du temps, si ce n’est systématiquement, c’est bien « Estar triste » que nous voulons dire quand nous disons « être triste »

Mais la tristesse possède une autre dimension qu’il nous faut aborder de façon sereine et transparente : la douleur doucereuse.
Assurément, au premier abord, on pourrait penser que la tristesse est toujours douloureuse et que par conséquent elle doit systématiquement être évitée (conforme à la recherche de l’ataraxie, c’est-à-dire l’absence de peine selon Démocrite).
Cependant force est de constater qu’il n’en est rien en réalité.
En effet, qui d’entre nous n’a jamais trouvé divertissant d’écouter de la musique triste pour se détendre ou même de « pleurer devant un bon film » ?
Allons plus loin, qui d’entre nous ne s’est jamais dit : « ça fait du bien de pleurer un bon coup » alors que la vie quotidienne sembler peser trop lourd ?

Par conséquent, on peut voir que la tristesse fait partie de ces douleurs que l’on peut aimer éprouver pour la simple et bonne raison qu’elle nous dispense de toute action et même de toute réaction face à la situation à laquelle nous sommes confrontés.
On parle de douleur « sourde », mais on peut même parler de douleur « douce » lorsque la tristesse ne semble être qu’un moindre mal à votre problème.
Cette douleur est de même nature que celle qui nous empêche de sortir de notre lit le matin pour affronter « la journée pourrie qu’on va avoir », ou cette « maladie » qui vous permet de vous faire porter pâle pour échapper à votre session de sport quotidienne, ou même le 4ème apéro-visio de la journée.
Vous l’aurez compris, la « flemme » est une affliction de même nature, et il va donc de soi qu’après avoir abordé l’oisiveté dans notre 1er numéro, nous nous attaquions désormais à la tristesse.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la tristesse est une amie inavouable : dès lors qu’elle se déchaîne, vous pouvez laisser libre cours à vos plaintes et à vos lamentations, vous pouvez vous recroqueviller et vous morfondre autant que vous le souhaitez, et en fonction de votre humeur, la partager avec les autres ou la garder pour vous. C’est qu’en effet la tristesse est capricieuse, bien souvent, elle ne sait pas ce qu’elle veut et vous ne savez pas d’où elle vient.
Vous apprécieriez de la voir partir, mais que ce que vous appréciez encore plus, c’est de pouvoir lui dire en face « Va-t’en », la supplier de s’en aller encore et encore …
En ce sens, la tristesse est aussi confortable que de se mettre en PLS (Position Latérale de Sécurité) après avoir pris en coup sur la tête : Si elle est nécessaire dans l’immédiat, une fois le choc du coup passé, tant que l’on reste dans cette position, on est totalement paralysé et incapable de faire quoi que ce soit …
En ce moment, il faut se dire que pour le monde, le coup sur la tête c’est le COVID-19, et que la PLS c’est le confinement, et que pour nous le coup sur la tête c’est le confinement, et que la PLS c’est plus une PFS (Position fœtale de sécurité) dans votre lit. De quoi se donner une sacrée migraine !

En fin de compte, si la tristesse est aussi capricieuse, en réalité, c’est parce qu’elle n’a pas d’intentions bien définies, elle n’est qu’un signal qui annonce un état de manque ou de perte.
Dans notre tête, les signaux de cette nature sont des émotions.
Et si, lorsque vous commencez à éprouver de la tristesse, vous n’êtes pas en mesure de l’accueillir pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une émotion, nul doute que cette émotion vous submergera et que tant que vous n’aurez pas réussi à la gérer, vous resterez paralysé, prostré, impuissant, et … triste.
Il est à noter en cette période quelque peu particulière, que la paralysie et le vide peuvent être des déclencheurs de la tristesse au même titre que la peine, la jalousie ou la trahison.
Il est donc possible et même probable que vous soyez tristes tout simplement parce que vous vous ennuyez, de la même façon qu’il est aujourd’hui plus probable que vous ayez le COVID-19 plutôt qu’une autre maladie si vous avez de la fièvre.

En définitive, la tristesse peut donc se définir comme un état affectif qui submerge la conscience d’une douleur morale qui l’empêche de se préoccuper de tout le reste.
Vous ai-je précisé que la tristesse est non seulement égoïste, mais qu’elle est en plus nuisible et perverse ? Que cette émotion longtemps perçue comme un sentiment aussi noble que l’amour est en réalité l’exutoire des passions faibles et veules ?
Apprenez-en plus dans le Commentaire – De la tristesse :
https://drive.google.com/drive/folders/1ilBzme5w0JtPSrql-LJgMl1-UTKBfvyb?usp=sharing
Ce sera aussi l’occasion pour vous de lire le Commentaire – De l’oisiveté si vous ne l’avez pas déjà fait.

Pour conclure, j’aimerais vous parler d’une 3ème raison m’ayant poussé à vous parler de la Tristesse :

3. Vous pousser à réfléchir sur la différence entre sentiments et émotions.

En effet, parler de la tristesse est un bon prétexte pour parler plus largement des émotions et de la façon dont on peut les gérer et y faire face au quotidien.
Par ailleurs on peut remarquer que c’est seulement depuis les années 1960 que des chercheurs en neurosciences ont réussi à déterminer une liste d’émotions universelles que tous les humains peuvent éprouver, ce qui facilite beaucoup notre compréhension de nos émotions.
Paul Ekman distingue 6 émotions universelles, mais les définitions les plus restreintes n’en retiennent que 4 : La colère, la peur, la joie et … la tristesse

https://www.wikiwand.com/fr/Paul_Ekman

Mais sur ce sujet je ne pense pas pouvoir être plus pertinent que la vidéo de 4 minutes, réalisée par la chaîne « Et tout le monde s’en fout », que je vous invite à aller voir dès que vous aurez fini de lire cette publication.

Au terme de ce 2nd numéro de [[Philo Confinée]] consacré à la tristesse, vous serez normalement en mesure de répondre à ces questions :
« Pourquoi je suis triste ? Je ne comprends pas, je vais bien pourtant »
« Comment empêcher la tristesse de me pourrir la vie ? » (Non la réponse n’est pas « en arrêtant d’être triste »)
« Ai-je raison d’être triste parce que je me sens impuissant, ou est-ce qu’être triste me rend impuissant ? »
« Comment ne pas me laisser déborder par mes émotions ? Est-ce que je peux anticiper mes émotions ? »

Sur ce, je vous dis à mercredi pour un prochain numéro de [[Philo Confinée]].

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